Ce dimanche matin à flavigny j’ai réalisé que je passais à côté des villages perchés

avril 20, 2026

L’odeur du pain chaud m’a saisie dès que j’ai posé le pied dans la ruelle étroite de Flavigny-sur-Ozerain. Le soleil, encore bas sur l’horizon, projetait de longues ombres sur les pavés irréguliers. Je venais pour un week-end, avec l’idée vague de voir un joli village bourguignon et d’en ramener quelques photos. Je ne savais pas encore que ce dimanche allait bouleverser ma vision des villages perchés.

Ce que je cherchais en venant à flavigny et ce que je ne savais pas

Je suis rédactrice culinaire freelance pour magazine Le Meix Chapeau, un métier qui me passionne, mais qui me laisse un emploi du temps chargé. Vivant du côté de Beaune, je jongle entre les reportages, les rendez-vous avec des producteurs et les journées passées à écrire. Je n’ai pas d’enfants, ce qui me permet de partir parfois pour des escapades courtes. Avec un budget limité et l’envie de souffler un peu, j’ai choisi Flavigny-sur-Ozerain, accessible en moins d’une heure de route, pour me poser et déconnecter.

Avant ce dimanche, je pensais que Flavigny était juste un joli village typique de Bourgogne-Franche-Comté, classé parmi Les Plus Beaux Villages de France. Je comptais y passer rapidement, prendre quelques photos des façades fleuries et me balader un peu. Je ne m’étais pas arrêtée à la culture locale ni aux habitants. C’était une visite rapide, comme celles que j’ai l’habitude de faire les week-ends.

Je ne connaissais que les informations classiques des guides touristiques et quelques articles disant que Flavigny était charmant mais assez touristique. Je n’avais aucune idée de la vie locale, des habitants ou des usages du village. Le rapport de la HAS sur le lien social en milieu rural, que j’avais lu pour un article, m’avait complètement échappé. Je ne me doutais pas de ce que j’allais découvrir.

Ce dimanche matin, quand tout a basculé

Le soleil venait juste de franchir le sommet des collines quand je suis sortie de ma petite chambre d’hôte. L’air était frais, avec cette légère humidité qui signe les débuts de journée en Bourgogne, et le parfum du pain chaud s’échappait en volutes depuis la boulangerie du village. À chaque pas sur les pavés inégaux, je sentais le craquement sous mes chaussures, comme si le village me racontait son histoire à voix basse.

Je me suis assise sur un banc en pierre, pas loin de la place centrale. C’est là qu’un homme dans la soixantaine est venu s’installer, un cabas en toile à la main. Il avait ce regard clair et le visage marqué par les années passées à cultiver la terre autour de Flavigny. Il a entamé la conversation d’un ton tranquille, me parlant des saisons, des vendanges et des fêtes qui ponctuent la vie ici. Ce que j’ai ressenti à ce moment, bien au-delà de la simple curiosité, c’était un lien, une ouverture vers un monde que je n’avais pas envisagé.

Il m’a raconté que le temps ne se mesure pas ici en heures, mais en saisons. Que les villageois savent attendre le moment propice pour chaque tâche, qu’ils célèbrent encore les anciens rites avec une ferveur que je n’avais jamais vue dans mes voyages précédents. Il a évoqué la façon dont les habitants se retrouvent à la mairie, à la petite épicerie ou lors des marchés pour échanger, se soutenir, et maintenir un équilibre fragile mais précieux.

Je me suis surprise à écouter sans interrompre, à observer les gestes des passants, les sourires échangés, les pauses café prises sur le zinc du bar du village. Ce dimanche matin, en voyant les rideaux s’ouvrir un par un dans les ruelles étroites, j’ai senti que le village respirait à son propre rythme, bien loin du tumulte des grandes villes. Les cloches de l’église sonnaient doucement, marquant le passage d’un moment à un autre sans précipitation.

Ce qui m’a frappée, c’est cette communauté soudée, où chacun connaît son voisin, où les traditions ne sont pas figées dans un musée mais vivantes, palpables, presque tangibles. J’ai vu des commerces modestes, tenus par des familles qui vivent là depuis des générations, des ateliers d’artisans qui façonnent encore les objets à la main. J’ai senti cette atmosphère unique, faite de patience et de simplicité, qui m’a enveloppée petit à petit.

À un moment, je me suis même sentie un peu décalée, comme si je débarquais d’un autre monde, celui des trajets rapides et des visites programmées. Je me suis demandé si je n’étais pas trop pressée, trop habituée à courir après le temps. Le regard de mon interlocuteur m’a rappelé que je ne pouvais pas comprendre ce rythme sans le vivre un peu, sans m’asseoir et attendre, simplement attendre.

J’ai passé près de trois heures dans ce village ce matin-là, et chaque minute a fait basculer ma façon de voir. Je suis allée jusqu’à la petite épicerie, où la propriétaire m’a parlé des horaires atypiques d’ouverture, adaptés aux besoins des habitants. J’ai observé une vieille dame qui tricotait sur son pas de porte, discutant avec un jeune agriculteur qui venait de livrer son lait. Ces petits moments m’ont donné envie de ralentir, de m’imprégner davantage.

En tant que rédactrice culinaire freelance pour magazine Le Meix Chapeau, j’ai déjà parcouru nombre de villages en Bourgogne. Mais ce dimanche, l’expérience m’a poussée à sortir de mes habitudes. Le village n’était plus un simple lieu à photographier, mais un espace vivant, avec ses joies, ses rythmes et ses histoires. Je me suis surprise à penser que mes visites précédentes, parfois rapides, laissaient passer ce que ces villages perchés ont vraiment à montrer.

Ce que j’ai compris en discutant avec lui, ce que je ne savais pas avant

Le moment précis où j’ai réalisé que les villages perchés comme Flavigny ne sont pas que des attractions touristiques, mais de vrais lieux de vie, s’est produit quand l’homme m’a parlé du marché hebdomadaire. Il m’a expliqué que ce n’est pas le rendez-vous des visiteurs, mais la réunion des habitants pour échanger les nouvelles, les produits frais, les savoir-faire. J’ai vu que ces villages vivent grâce à ces petits rendez-vous, pas à cause des touristes qui viennent prendre des photos.

Il m’a aussi raconté quelques détails pratiques sur l’organisation locale que je n’avais jamais envisagés. Par exemple, comment ils partagent l’eau entre plusieurs exploitations, ou encore les horaires décalés des commerces, ouverts seulement le matin ou certains après-midis, pensés pour ne pas gêner le travail agricole. J’ai été surprise d’apprendre que les fêtes traditionnelles, comme la Saint-Jean ou la fête de la moisson, rythment la vie du village et mobilisent toute la communauté, des plus jeunes aux anciens.

J’ai repensé à mes lectures sur le rôle des associations locales. En discutant, j’ai compris que ces villages s’organisent collectivement, au-delà de la simple convivialité. C’est une façon de s’adapter à la vie rurale, un équilibre fragile que j’ai vu se maintenir ici.

Je ne savais pas à quel point ces détails façonnent la vie ici. La disponibilité limitée des services, par exemple, n’est pas un handicap, mais une manière de vivre. Le village impose ses propres règles, et s’adapter, ça veut dire accepter ce rythme différent. J’ai aussi appris que le lien social, point souligné dans les repères de la HAS pour les milieux ruraux, est très important pour la santé et le bien-être des habitants. Ce point m’a touchée, car il rejoint ce que j’ai vu dans mes articles sur la gastronomie locale : la transmission passe autant par la table que par les relations humaines.

Ce que je retiens de cette expérience, ce que je referais ou pas

Cette matinée à Flavigny m’a appris que je dois ralentir pour vraiment voir. J’ai compris que prendre le temps d’échanger avec les habitants, de m’asseoir sur un banc et d’écouter, peut transformer une visite en une expérience profonde. Je ne peux plus voir les villages perchés comme de simples décors, mais comme des lieux où le temps s’écoule autrement, où la communauté façonne chaque instant. Cette leçon, je l’ai aussi tirée de mes huit années d’écriture pour Le Meix Chapeau, où j’ai vu combien le terroir vit grâce à ces liens humains.

Si je reviens dans un village perché, je prendrai plus de temps, j’essaierai d’être plus présente, même avec mon emploi du temps serré. Je chercherai surtout à rencontrer ceux qui vivent là, à comprendre leurs usages, leurs contraintes, leurs joies. Ce qui compte, c’est cette ouverture, cette curiosité qui dépasse les clichés. Je voudrais aussi revenir pour des fêtes locales, pour voir ces traditions en action, pas seulement pour quelques heures.

En revanche, je ne referai plus l’erreur de me contenter d’une visite rapide, dictée par un programme trop chargé. Je sais que ce mode de visite me fait passer à côté de ce qui compte vraiment. Je ne suivrai plus aveuglément les circuits touristiques classiques qui mettent l’accent sur les monuments ou les boutiques sans permettre de rencontrer les habitants. Pour quelqu’un comme moi, qui aime la cuisine et les savoir-faire locaux, ça laisse un grand vide. Même avec un budget limité, j’ai appris que je dois privilégier la qualité du temps passé plutôt que la quantité de lieux visités.

Ce dimanche matin, en voyant les rideaux s’ouvrir un par un dans les ruelles étroites, j’ai senti que le village respirait à son propre rythme, bien loin du tumulte des grandes villes. Cette image reste gravée, elle me rappelle que les villages perchés ont une âme qu’on ne trouve pas dans les guides. Pour approfondir cette expérience, je sais que je devrai parfois orienter mes lecteurs vers des spécialistes locaux, comme des offices de tourisme ou des producteurs. Je ne maîtrise pas tout sur la vie sociale de ces villages, mais je sais que chaque rencontre compte, et que ces villages ont tant à raconter à qui sait les écouter.

Aurélia Jacquet

Aurélia Jacquet publie sur le magazine Le Meix Chapeau des contenus consacrés à la cuisine locale, aux recettes du quotidien et aux gestes essentiels en cuisine. Son approche privilégie la clarté, la progression et des repères concrets pour aider les lecteurs à cuisiner plus simplement.

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