Au lac des Settons, trois jours qui ont change ma vision du Morvan en juin

mai 20, 2026

La brume collait au Lac des Settons à 6h12, et l'eau restait si lisse que mes pas sur les graviers faisaient presque trop de bruit. Depuis du côté de Beaune, je suis partie trois jours en Morvan pour regarder ce lieu sans filtre. J'ai été convaincue d'une chose dès cette première minute: le lac ne se laisse pas résumer en une carte postale.

Je suis arrivée avec mes idées bien arrêtées, puis le matin m'a coupé net

En tant que rédactrice culinaire freelance pour le magazine Le Meix Chapeau, je suis partie avec mes notes, mon carnet et mes habitudes de rédactrice du terroir bourguignon. En 8 ans de travail rédactionnel, j'ai appris à lire un lieu avant de le juger. Avec mon compagnon, nous vivons à deux, et j'avais surtout envie d'une pause simple, sans programme trop chargé. J'avais glissé un pull fin au fond du sac, sans y croire vraiment.

Ma Licence Professionnelle en Tourisme et Patrimoine (Dijon, 2015) m'a appris à regarder les détails avant les grands mots. Je m'étais aussi appuyée sur les repères du Comité Régional du Tourisme de Bourgogne-Franche-Comté et d'Atout France, histoire de ne pas fantasmer le Morvan. J'ai été convaincue que j'allais trouver un décor calme, presque lisse, un peu trop sage. Je notais déjà l'heure des reflets, comme je le fais quand j'écris sur un gîte.

Au lever du jour, la berge sentait l'herbe humide et le bois froid, avec une pointe de vase propre qui montait au nez. J'ai été frappée par le silence, pas un silence de brochure, mais un silence traversé par mes pas sur les graviers. La brume basse donnait au lac un aspect plat, puis elle s'est levée vite, en quelques minutes. Je me suis retrouvée à ralentir sans y penser, juste pour écouter la rive.

Là, j'ai compris que le lac n'était pas seulement un décor de promenade. Le matin, tout tient dans une fraîcheur nette, et l'après-midi peut basculer vers un vent plus vif. Pour quelqu'un qui accepte de composer avec une météo mobile, ce premier contact a déjà tout dit. Je me suis dit que trois jours suffiraient pour voir deux visages du même bord d'eau.

Vers 10h30, le vent a tout froissé autour du lac

Vers 10h30, la surface s'est ridée d'un coup, comme si quelqu'un avait passé une main dessus. Le clapot court tapait contre les galets, et les reflets du soleil se brisaient en éclats minuscules. Je me suis retrouvée à plisser les yeux, parce que la fraîcheur remontait depuis l'eau. À ce moment-là, j'ai compris que la matinée tranquille était finie.

J'ai tenté la baignade en pensant trouver une eau de saison, mais juin ici ne m'a pas fait ce cadeau. Je nage peu, et je l'ai senti aussitôt dans les épaules et dans le souffle. Au premier contact, le froid m'a saisie, puis je suis sortie en frissonnant. Le paddle m'a paru simple sur le papier, puis le vent m'a obligée à corriger ma trajectoire pendant 12 minutes.

J'ai hésité à garder mon gilet léger, puis je suis partie sans coupe-vent ni couche chaude, et c'était une erreur nette. À 11h50, j'ai commencé à grelotter sur la rive, et nous avons écourté la sortie. Ce détail m'a agacée, parce que tout allait bien cinq minutes plus tôt. J'ai fini par rentrer à l'abri pour réchauffer mes mains sur la tasse.

La différence entre les zones abritées et les parties ouvertes m'a sauté au nez. Sous les arbres, j'avais l'odeur de résine et le chant des oiseaux, avec un sol plus doux sous les semelles. Sur la rive exposée, le vent soulevait de petites éclaboussures, et chaque pas sonnait plus sec sur les graviers. Je suis restée un moment à passer d'un bord à l'autre, juste pour sentir ce basculement.

Le soir, la douceur a laissé place à une fraîcheur piquante

Le dîner en terrasse avait d'abord l'air parfait. La lumière dorée glissait sur les verres, et l'eau renvoyait encore un peu de rose sous le ciel. Puis les premiers moucherons ont tourné autour de l'assiette, et l'ambiance s'est abîmée très vite. J'ai regardé mon compagnon, et j'ai compris qu'on ne tiendrait pas dehors longtemps.

Dès que le soleil a disparu derrière les collines, la température a chuté franchement. Je n'avais rien de chaud dans le sac, à part une écharpe trop fine, et j'ai fini par rentrer plus tôt à la chambre d'hôtes. Je suis rentrée avec les joues froides et l'envie de râler un peu. On vit à deux, mon compagnon et moi, et ce soir-là, le repas s'est terminé dedans.

Là, je me suis demandé si le séjour allait vraiment me convenir avec ces virages de météo. J'ai eu un vrai moment de doute, parce que j'aime les bords de lac, mais pas quand tout me tombe dessus sans prévenir. Et puis j'ai vu autre chose: un Morvan moins décoratif, plus franc. Ce mélange m'a tenue éveillée plus tard que prévu.

Avec le recul, j'ai compris ce que ce lac demandait vraiment

Mon travail de rédactrice culinaire freelance pour le magazine Le Meix Chapeau, ancrée dans le tourisme rural bourguignon, m'a appris à noter ce que l'heure change dans un paysage. Avec le recul, je sais que le vent change tout sur ce plan d'eau, et que juin garde une eau fraîche. Les repères du Comité Régional du Tourisme de Bourgogne-Franche-Comté m'ont aidée à replacer cette sensation dans le rythme du site. Atout France m'a aussi rappelé ce que j'aime dans ces séjours nature: un tempo souple, pas une case à cocher.

Pour un couple qui veut du calme, trois jours suffisent pour sentir le lieu changer de visage. Pour quelqu'un qui accepte de lever tôt, le matin reste ma part préférée, et l'après-midi sert mieux à l'eau. Pour une marche trop tardive sur les portions exposées, j'ai vite senti mes jambes lourdes et ma patience plus courte. Je n'ai pas retenu la promenade qui tape en plein soleil.

Quand j'ai discuté avec des gens croisés sur les berges, le même rythme revenait: marche tôt, eau plus tard, ombre dès que le soleil tape. J'ai repris ce tempo le lendemain, et la journée m'a paru plus souple. Pour les sentiers et les accès après pluie, j'ai préféré vérifier l'info à l'Office de tourisme du Morvan, parce que ce point pratique dépasse mon champ. Je n'entre pas dans la sécurité nautique technique; je laisse ça aux moniteurs du ponton.

Le détail qui me reste, c'est la brume basse du matin. Elle efface presque l'horizon, et le lac prend alors un air plat, presque fermé sur lui-même. J'ai ete frappee par cette ligne qui disparaît, puis revient d'un coup quand le soleil monte, et c'est ce qui m'a le plus marquée. En repartant vers Beaune, j'ai gardé le Lac des Settons et la Forêt domaniale des Settons comme une vraie parenthèse, pas comme une image lisse.

Aurélia Jacquet

Aurélia Jacquet publie sur le magazine Le Meix Chapeau des contenus consacrés à la cuisine locale, aux recettes du quotidien et aux gestes essentiels en cuisine. Son approche privilégie la clarté, la progression et des repères concrets pour aider les lecteurs à cuisiner plus simplement.

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