Le clac-clac sec des plaques près de l’écluse m’a réveillée avant le soleil, avec l’odeur d’herbe coupée et d’eau froide au ras du canal. Du côté de Beaune, je suis partie 3 jours en Bourgogne pour trancher entre le Canal de Bourgogne et le canal du Nivernais, avec mon compagnon, sans enfants, et un petit budget de cycliste loisir. Je regarde toujours la fluidité d’un trajet avant sa carte. Je te dis ce que j’ai retenu: le Nivernais m’a semblé plus reposant, tandis que le Canal de Bourgogne demande un peu plus de marge.
Ce qui m’a fait basculer entre le canal de bourgogne et le nivernais, avec mes contraintes de rythme
J’ai appris à regarder un itinéraire comme une recette : si la base accroche, tout le reste fatigue. Écrire pour Le Meix Chapeau m’a rendue très attentive aux petits détails de terrain. Mes sorties à vélo m’ont donné le réflexe de croiser le plaisir avec la logistique. On vit à deux, mon compagnon et moi, donc je regarde les étapes qui se tiennent sans gymnastique.
Je voulais une ambiance calme, des pauses faciles, un chemin lisible et un chargement qui ne me tape pas dans les épaules. J’avais préparé le départ avec soin. Mais je n’ai gardé qu’une question: est-ce que je roule détendue, ou est-ce que je passe mon temps à surveiller le vélo ?
J’ai aussi regardé d’autres options, comme un tronçon de la Véloroute 6 et des boucles plus courtes autour de Beaune. Le Canal de Bourgogne m’attirait pour ses cafés, ses boulangeries et sa logistique plus souple. Le Nivernais, lui, promettait moins de circulation et plus de silence, et c’est ce qui m’a fait hésiter jusqu’au dernier moment.
Puis j’ai été frappée par le Nivernais au lever du jour, quand le mécanisme d’une écluse s’entend de loin et que le clapotis remonte dans le calme. Le halage est devenu presque sauvage, avec une bande de verdure serrée au ras de l’eau et aucune voiture à proximité. Là, je me suis retrouvée calme pour de bon, et je me suis sentie basculer vers ce canal-là.
Là où ça coince et ce qui fait la différence quand tu roules sur ces canaux, entre surprises et limites
Sur le Nivernais, le sol m’a vite rappelé qu’un chemin de halage n’est pas une bande lisse. J’ai roulé sur du stabilisé, du gravier fin, un peu d’herbe tassée et de la terre battue, avec ce bruit sourd sous les pneus qui finit par devenir le fond sonore du trajet. Après une pluie, la roue avant a commencé à flotter sur une couche fine de boue, puis j’ai vu les traces monter sur les haubans et jusqu’au dérailleur.
Je me suis retrouvée à pied sur quelques mètres, la boue collée aux garde-boue comme une pâte grise. Je l’avais sous-estimé, et ça m’a saoulée plus d’une fois, parce que la cadence s’effondre d’un coup quand le sol devient gras. Ce n’est pas grave, mais ce n’est pas léger non plus.
Sur le Canal de Bourgogne, le problème n’est pas la pente, c’est le vent. J’ai vu le compteur descendre sans raison apparente sur une portion exposée, alors que le paysage restait presque plat. Après 11 kilomètres de vent de face, mes jambes se sont vidées sans drame, et la balade tranquille a pris un air plus dur.
Les écluses cassent encore le rythme plus que je ne l’avais pensé. Le souffle au sortir de l’arrêt, le clapotis de l’eau qui bouge, puis le clac-clac sec des joints de petits ponts réveillent tout. À la cinquième écluse de la matinée, j’avais déjà les épaules raides, et mes sacoches battaient sur les portions bosselées pendant que les fixations prenaient du jeu.
Le vrai soulagement est venu dans les zones ombragées du Nivernais. Dès que je passais sous les arbres, un souffle d’air frais tombait sur moi, puis la température retombait d’un coup quand je ressortais au soleil. Le matin, l’odeur d’herbe coupée et d’eau stagnante légère collait à la berge, et je comprenais mieux le calme du canal.
J’ai aussi fait trois erreurs très simples. Je suis partie avec des pneus trop fins, j’ai sous-estimé l’eau et les encas, et j’ai fait confiance à mon GPS routier au lieu de suivre le canal. Une fois, j’ai quitté le halage sans m’en rendre compte et je me suis retrouvée sur une route plus passante.
J’avais aussi chargé le vélo comme pour une route goudronnée, et les vibrations dans le dos m’ont vite rappelé que le halage n’aime pas ce genre de surpoids. J’ai corrigé le tir en passant à des pneus plus larges et moins gonflés, puis en partant avec une gourde pleine et deux encas . Pour le réglage fin d’une transmission ou d’un frein, je laisse ça à un atelier vélo, moi je parle seulement de ce que j’ai ressenti. Je suis rentrée moins crispée, et j’ai gardé cette méthode pour la suite.
Quand ça vaut vraiment le coup selon ce que tu cherches, et à qui je déconseille ces itinéraires
POUR QUI OUI: le canal du Nivernais m’a paru juste pour un couple sans enfant qui veut 3 jours de respiration, des étapes de 30 km et des pauses photo sans se presser. Il marche bien pour quelqu’un qui accepte de poser pied à terre sur quelques mètres, de rouler avec des pneus plus larges et de garder une marge pour la boue après l’averse. J’y vois aussi une bonne option pour une famille avec deux enfants de 9 et 12 ans, si l’idée reste la balade et pas la performance.
POUR QUI OUI: le Canal de Bourgogne m’a semblé plus simple pour un duo qui veut dormir sans se compliquer la vie, trouver un café ou une boulangerie à l’écart raisonnable, et repartir vite. Il me paraît aussi adapté à des amis de 50 ans qui veulent une journée roulante, un vélo peu chargé et un trajet plus souple à organiser. Là, je garde la main plus légère sur la technique, parce que je parle en cycliste loisir, pas en mécano.
POUR QUI NON: je déconseille les deux à quelqu’un qui vise 60 km par jour, supporte mal les vibrations et veut avancer sans arrêts. Je les déconseille aussi à une famille avec deux jeunes enfants de 6 et 7 ans sans expérience vélo, parce que les écluses cassent le rythme et les reprises fatiguent vite. Si tu cherches un décor plus direct, la Loire à vélo me paraît plus douce, et un parcours urbain plat reste plus simple à lire.
À qui je le recommande, à qui je le déconseille
POUR QUI OUI: je mets le Nivernais devant si tu veux une vraie parenthèse de silence, un départ tôt, 30 km au maximum par journée et une route qui ressemble encore à un bord d’eau. À Clamecy ou vers Mailly-le-Château, j’ai trouvé ce mélange de verdure serrée, de halage presque sauvage et de pauses qui coupent net le bruit du quotidien.
POUR QUI NON: je garde le Bourgogne en retrait pour quelqu’un qui supporte mal le vent de face, les lignes droites et les portions un peu bosselées avec des sacoches chargées. Je le laisse aussi de côté si ton idée du repos passe par 60 km sans pause, parce que là, le trajet tourne vite à la lutte.
Mon verdict est simple: je choisis le canal du Nivernais pour un séjour tranquille, parce que la bande de verdure, le silence de Clamecy et les petites ruptures de rythme m’ont donné une coupure nette. Si tu acceptes des pneus plus larges, des étapes de 30 km et deux pauses il reste le plus reposant à mes yeux. Le Canal de Bourgogne reste mon second choix quand je cherche surtout une logistique plus souple et moins de boue.


