Les vignes de Pommard m’ont piqué les joues au premier virage, avec les rangs nus qui découpaient le coteau. Depuis du côté de Beaune, je suis partie deux fois pour comparer cette marche au printemps puis fin octobre. J’ai chronométré chaque passage et j’ai été frappée par l’écart entre les deux saisons.
Comment j’ai organisé cette balade et ce que j’ai mesuré à chaque saison
J’ai fait cette boucle un mardi de printemps, puis un matin d’octobre, toujours avant l’heure où les tracteurs prennent les chemins. J’ai gardé le même point de départ, la même allure de marche et la même habitude de m’arrêter dès qu’un détail changeait dans les rangs. J’ai noté la durée, le vent, l’état du sol et le nombre de pauses photo, parce que je voulais comparer des conditions proches. J’ai appris à regarder le terrain sans l’embellir.
Pour tenir le protocole, j’ai utilisé ma montre GPS, un carnet mince et mon téléphone pour les photos. J’ai aussi gardé l’heure de départ sur l’écran, puis j’ai noté les écarts à chaque reprise. J’ai mesuré 1 h 12 au printemps et 1 h 49 en automne, sans modifier le trajet. Le plus utile, pour moi, a été de noter quand mes pas ralentissaient sans que je m’en rende compte.
Je voulais vérifier trois choses simples. D’abord, le temps réel de marche, puis la sensation sous les chaussures, enfin la lecture des bourgeons au printemps et des feuilles en automne. Je suis devenue plus attentive au sol que je ne l’imaginais, car la pente change tout sur une AOC comme celle-là. J’ai aussi voulu voir si la lumière seule pouvait faire basculer l’ambiance.
Je l’ai fait dans mon rythme de vie habituel, entre deux articles et une soirée tranquille avec mon compagnon. On vit à deux, mon compagnon et moi, sans enfants, et ces sorties nous servent de respiration simple. Avec mon compagnon, sans enfants, je peux partir tôt et rentrer sans courir. Ce test me tenait à cœur parce que je connais mal l’effet des saisons sur un même chemin, et j’ai voulu le vérifier moi-même.
Au printemps, le réseau clair des rangs nus et le débourrement fragile
Au départ, j’ai trouvé le coteau presque austère. Les rangs de vigne étaient nus ou en débourrement, et je voyais très bien les piquets, les fils de palissage et les murets. Cette structure m’a parlé tout de suite, parce qu’elle laissait lire la parcelle sans effort. J’ai été convaincue par cette lisibilité, même si le décor restait sobre.
En marchant, j’ai senti un sol sec et ferme sous mes semelles. Sur les hauteurs, le vent m’a prise de face, alors qu’en bas du village l’air semblait plus doux. J’ai regretté de ne pas avoir mis un coupe-vent plus épais, car j’ai eu froid malgré le soleil. Les pas sur le chemin, le vent et un tracteur au loin donnaient un calme très net.
J’ai aussi eu un vrai doute au milieu de la montée. J’étais sûre de moi au départ, puis j’ai trouvé les rameaux trop maigres, presque vides, et j’ai pensé que la balade serait décevante. Je me suis retrouvée à ralentir pour chercher du relief dans un paysage encore pauvre. Ce moment m’a appris que le printemps demande un peu de patience, sinon on passe à côté de sa lecture.
J’ai observé les bourgeons gonflés, puis les petites pointes vertes qui sortaient à peine des rameaux. J’ai appris à regarder ce détail avant de juger le décor. Ce stade du débourrement dit déjà beaucoup, même si le feuillage manque encore.
En automne, la balade rallongée par les couleurs vives et le sol plus lourd
Fin octobre, j’ai retrouvé le même coteau sous une lumière plus basse, avec des jaunes, des rouges et des ocres partout. La terre sombre faisait ressortir ces couleurs, et j’ai levé les yeux plusieurs fois sans m’en lasser. L’ambiance m’a paru plus chaude, même avec l’air frais. J’ai été frappée par ce contraste dès les premiers mètres.
Le terrain, lui, m’a demandé plus d’attention. Après une pluie fine, j’ai glissé avec mes baskets plates sur une pente courte, puis la terre a collé aux semelles dès les premiers mètres. J’ai dû raccourcir mes pas et ralentir franchement, ce qui a allongé ma sortie sans que je l’aie prévu. Sur cette marche, j’ai compris qu’un sol humide change tout, même sur une boucle modeste.
J’ai aussi été surprise par l’odeur. Près des zones encore actives, il y avait du raisin écrasé, du moût, des traces de vendange et un fond de jus fermenté. Cette odeur m’a suivie sur plusieurs dizaines de mètres et elle a changé ma façon de lire le paysage. Je me suis retrouvée dans une ambiance plus vivante, presque en coulisses.
En regardant les feuilles, j’ai vu les bords jaunir ou roussir avant le centre. J’ai aussi repéré quelques grappes oubliées et des traces de passage au sol, qui cassent un peu l’image carte postale. Le paysage gagne en relief ce qu’il perd en propreté. J’ai gardé ces détails en tête parce qu’ils disent le vrai rythme des vendanges.
Le jour où j’ai compris que la balade ne serait pas la même selon la saison
Le basculement s’est fait au premier virage au-dessus du village. D’un coup, j’ai vu la succession des climats sur la pente, avec les rangs qui montaient d’un trait et le ciel plus ouvert au-dessus. Au printemps, j’avais les bourgeons ; en automne, j’avais les feuilles dorées. Je suis rentrée avec l’impression nette d’avoir traversé deux paysages différents, sur le même chemin.
J’ai aussi fait deux erreurs bêtes. Je suis partie en baskets plates après une pluie fine, et j’ai sous-estimé le vent sur les hauteurs de Pommard. Résultat, j’ai eu froid plus vite que prévu, puis j’ai fini par abréger une des deux sorties. Oui, je sais, je m’étais juré de ne plus faire ça, et j’ai recommencé quand même.
Après ça, j’ai changé deux choses. J’ai pris des chaussures à semelles crantées, j’ai ajouté une couche légère et j’ai glissé une gourde dans mon sac. J’ai aussi commencé à partir plus tôt le matin et à vérifier le calendrier des travaux de vigne avant de choisir mon jour. Depuis, je perds moins de temps dans les pauses photo, et je marche avec plus de marge.
Ce que j’ai retenu de ces deux balades
Au printemps, j’ai trouvé une balade très lisible, avec un temps proche de 1 h 12 quand je gardais un pas tranquille. En automne, la même logique m’a menée à 1 h 49, surtout à cause du sol plus lourd et des arrêts photo. Le relief court mais marqué compte autant que la saison, et je l’ai senti dans mes mollets dès la première pente. J’ai appris à prendre ce genre d’écart au sérieux.
J’ai aussi retenu ses limites. Si je pars trop tôt au printemps, je tombe sur des rangs encore maigres et je reste un peu frustrée. Si je reviens juste après les vendanges, l’automne montre par moments des traces de travail, des parcelles humides et moins de netteté qu’on l’imagine. Pour le calendrier précis, je ne devine rien toute seule, je vérifie auprès du domaine.
Au final, cette marche marche bien pour quelqu’un qui accepte de lever la tête, de regarder les bourgeons, les piquets, puis les feuilles roussies. J’y vois aussi un bon terrain pour des marcheuses tranquilles, des photographes patients et des personnes qui aiment sentir le relief sans partir pour une grande rando. Avec mes notes de printemps et d’automne, je garde un verdict simple : à Pommard, la balade change vraiment de visage selon la saison, et c’est ce contraste qui m’a décidée à la refaire.


