J’aurais aimé savoir qu’un marché de châtillon ferme avant midi un dimanche d’hiver

juillet 9, 2026

Le marché de Châtillon a claqué sous mes yeux quand un vendeur a rabattu sa bâche à 11h40. Depuis du côté de Beaune, je suis partie un matin en Côte d’Or pour acheter de quoi cuisiner, et j’ai été frappée par ce vide qui gagnait déjà les allées. J’avais 47 euros dans mon porte-monnaie, avec l’idée de rentrer avec du fromage, des légumes et un pain de campagne. J’aurais dû lire ce dimanche autrement. Je suis rentrée avec des sacs à moitié pleins et une gêne qui ne m’a pas quittée.

Je pensais arriver tôt, mais le marché était déjà en train de fermer

Ce dimanche d’hiver, nous vivions à deux, mon compagnon et moi, et nous sortions de la messe avant une petite balade dans le froid. Sans enfant, je croyais avoir le temps de flâner un peu avant les courses. J’étais sûre de moi, parce que je voyais encore la matinée devant nous. Écrire pour Le Meix Chapeau m’a appris à regarder les horaires, mais là, j’ai laissé passer le détail.

À 11h40, je me suis retrouvée devant des étals déjà dégarnis. Les vendeurs repliaient les balances, et les cagettes passaient de table en remorque sans pause. J’entendais les phrases courtes, celles qu’on lance quand la dernière tournée est déjà passée. Un marchand m’a dit qu’il n’avait plus que deux paniers de poireaux, et les plus belles pièces étaient déjà mises de côté.

Le bruit m’a encore plus marquée que le reste. Les cageots s’empilaient avec un claquement sec, les roulettes des chariots repartaient sur le pavé, et les bâches se fermaient à moitié. L’odeur de café et de soupe chaude flottait entre les stands, comme un signe de fin de service. Je me suis sentie devant un marché qui s’effaçait sous mes pas, pas devant un marché vivant.

J’ai sous-estimé à quel point l’hiver raccourcit les horaires et réduit l’offre

J’ai été convaincue, à tort, que l’hiver ne changeait que le froid. J’avais pourtant appris à regarder les rythmes d’un lieu. Sur le terrain, je n’avais pas pris ce réflexe au sérieux. J’ai fait comme si un marché restait le même en décembre qu’en mai.

Ce que je n’avais pas mesuré, c’est le remballage précoce. Le dimanche d’hiver, plusieurs producteurs plient vers 11h30 pour rentrer plus tôt, surtout quand le froid mord et que l’affluence baisse. J’ai vu un étal se vider en 12 minutes, puis un autre fermer ses caisses sans attendre. J’ai aussi compris, trop tard, que les plus beaux légumes partent d’abord, et que les paniers gardent seulement quelques pièces en vrac.

La facture la plus bête n’était pas seulement celle du marché. J’ai perdu 30 minutes de trajet aller-retour pour repartir presque les mains vides. J’ai aussi laissé 18 euros au supermarché du retour pour des produits qui ne donnaient pas le même repas. Et j’ai dû refaire tout mon menu du dimanche, parce que le fromage que je visais n’était déjà plus là.

Ce que j’aurais dû repérer avant de partir

Pourtant, ce matin-là, j’ai ignoré les signes qui étaient devant moi. J’ai préféré croire que le dimanche me laisserait une marge tranquille.

  • des étals moins fournis dès la fin de matinée
  • des vendeurs qui parlaient de dernière tournée
  • des cagettes couvertes et des auvents déjà baissés
  • des balances rangées avant midi
  • des allées qui se vidaient pendant que j’arrivais

Le plus net, pour moi, a été l’odeur de soupe tiède mêlée au café. Quand elle arrive, le service n’est plus au milieu, il est en train de finir. J’ai vu les gestes qui disent tout sans parler fort. Un commerçant a plié sa balance, un autre a retourné ses caisses, et un troisième a tiré sa bâche à moitié avant de charger la voiture.

Vers 11h30, j’ai hésité à rester encore un peu, comme si une minute pouvait relancer les étals. Je suis restée plantée devant des paniers presque vides, avec quelques légumes en vrac et deux ou trois belles pièces déjà mises de côté. J’ai entendu un vendeur dire que c’était presque fini, et là j’ai été convaincue. Pour le volet administratif du marché, je ne m’avance pas.

Ce que je sais maintenant et que je ne referai plus

Je suis devenue beaucoup plus attentive à l’heure de départ quand je vais sur un marché d’hiver. Mon protocole simple tient en trois repères : partir avant 9h, vérifier les horaires la veille et garder un plan B pour le déjeuner. Quand je m’y prends ainsi, je retrouve des producteurs disponibles, des cageots encore pleins, et des échanges qui ne se font pas au pas de charge. Avec mon compagnon, nous avons fini par rire jaune de cette matinée, parce qu’elle nous a mangé le déjeuner et une bonne partie de la matinée.

J’ai aussi fini par préparer ma liste avant de quitter Beaune. Je regarde l’horaire du jour, puis je vérifie la mairie de Châtillon et les retours locaux quand j’en ai besoin. Ce n’est pas une affaire de méthode parfaite, juste une façon de ne pas retomber dans le même piège. J’ai appris que le bon produit ne sert à rien s’il est déjà reparti au moment où j’arrive.

J’aurais aimé savoir avant que le Marché de Châtillon fermait avant midi le dimanche d’hiver, avec une offre déjà réduite à cette heure-là. J’aurais aimé comprendre plus tôt que mes 47 euros ne m’achetaient pas du temps, seulement une déception bien nette. Mon verdict est simple : sur un marché d’hiver, l’heure compte autant que la liste. Je suis rentrée avec une demi-liste, un menu cassé, et cette sensation un peu bête d’avoir regardé un marché disparaître sous mes yeux.

Ce dimanche raté m’a au moins appris à regarder autrement les marchés d’hiver de Côte d’Or. Depuis, je me renseigne la veille au soir, parfois via les groupes locaux Facebook ou en appelant directement la boulangerie du coin qui tient souvent un étal. Ce n’est pas une méthode savante, juste un réflexe que j’aurais dû avoir avant de rouler jusqu’à Châtillon. J’ai aussi compris que les petits marchés ruraux fonctionnent souvent par fidélité : les producteurs connaissent leurs clients réguliers, ils mettent parfois de côté quelques pièces pour eux, et les passer en revue avant l’ouverture officielle est une vraie pratique. Pour une étrangère qui débarque à 11h40, il ne reste que ce que les habitués n’ont pas voulu. Le fromage que je visais ce jour-là, un chèvre sec façonné à la main par une productrice de Voulaines-les-Templiers, avait été vendu en moins d’une heure selon ce qu’on m’a dit sur place. Savoir ça avant le départ aurait changé ma façon d’aborder la matinée entière. Il y a aussi quelque chose de frustrant dans le fait de rentrer avec un panier incomplet alors qu’on avait planifié un vrai menu pour le déjeuner. Ce dimanche-là, j’avais prévu une soupe de légumes racines et un plateau de fromages à partager, le genre de repas simple qui prend tout son sens quand le froid est dehors et que la cuisine sent bon. J’avais même noté les légumes que je voulais : des panais, deux ou trois salsifis si j’en trouvais, et un chou frisé. Rien de compliqué, mais tout était lié à ce marché. Quand je suis rentrée les mains presque vides, il a fallu recomposer avec ce qu’il y avait : des carottes un peu molles du fond du bac, du fromage sous plastique du supermarché et une baguette de dépannage. Le repas du dimanche avait perdu sa raison d’être, et ça, c’est le genre de déception qui reste plus que la somme dépensée en carburant.

Aurélia Jacquet

Aurélia Jacquet publie sur le magazine Le Meix Chapeau des contenus consacrés à la cuisine locale, aux recettes du quotidien et aux gestes essentiels en cuisine. Son approche privilégie la clarté, la progression et des repères concrets pour aider les lecteurs à cuisiner plus simplement.

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