Au pied des 16 écluses de Pouilly-en-Auxois, c’est le moment précis où mes jambes ont commencé à lâcher. La montée, régulière et interminable, m’a vite montré que j’avais fait une erreur en choisissant de suivre le sens horaire recommandé pour la boucle du Canal de Bourgogne. Je n’avais pas pris le temps d’étudier le profil d’altitude et la charge de mon vélo a rapidement pesé sur mes forces. Cette décision, qui semblait anodine au départ, a fini par me coûter cher, autant en fatigue qu’en motivation. Mon récit raconte comment cette mauvaise orientation a plombé mes étapes et ce que j’ai appris de cette aventure.
Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas
J’avais préparé ce voyage en suivant scrupuleusement le parcours officiel, persuadée que c’était la meilleure manière de découvrir la région. Avec ma Licence Professionnelle en Tourisme et Patrimoine (Dijon, 2015), je connaissais l’importance d’un bon itinéraire, mais je n’avais pas assez d’expérience en vélo chargé, et encore moins sur ce type de terrain. Partir d’Avallon en sens horaire semblait naturel, d’autant que les panneaux indiquaient clairement la direction. Je me suis donc lancée enthousiaste, avec l’idée de profiter des paysages entre vignobles et forêts, sans trop me poser de questions.
Mais dès la première montée aux écluses de Pouilly-en-Auxois, j’ai senti mes jambes flancher. Le poids de mes sacoches, chargé avec tout le nécessaire pour plusieurs jours, est devenu un vrai fardeau. La pente régulière, que j’ai appris par la suite s’appeler « ascension des 16 écluses », s’étirait sur plusieurs kilomètres sans pause. Je pédalais en forçant sur chaque tour de pédale, le souffle court, le cœur battant, alors que la signalisation indiquait encore plusieurs kilomètres de montée. Mes muscles menaçaient de lâcher à chaque instant.
Au bout d’un moment, j’ai essayé de forcer, me convainquant que cette montée était un passage obligé. Mais les douleurs musculaires ont explosé et la fatigue est devenue écrasante. J’ai fini par pousser le vélo à plusieurs reprises, alors que je voulais avancer à vélo. Le doute m’a rongée : ce sens horaire était-il vraiment fait pour moi ? J’ai compris que je m’étais plantée sur la difficulté, que cette montée durerait plus longtemps que prévu, et que cette orientation ne collait pas à mon niveau ni à mon équipement.
Les erreurs que j’ai faites sans m’en rendre compte
L’erreur principale a été de suivre aveuglément le sens horaire officiel sans vérifier le profil d’altitude. J’avais juste regardé la carte générale et les panneaux de Voie Verte, en me disant que ça irait. Mais la montée continue vers Pouilly-en-Auxois, avec ses 16 écluses, m’a vite confirmé que je n’avais pas anticipé la difficulté. Ce passage est réputé pour sa pente régulière, mais personne ne m’avait dit qu’elle s’étendait sur plusieurs kilomètres et demandait une endurance spécifique.
Je n’avais pas pris en compte le dénivelé cumulé : environ 1200 mètres dans le sens horaire, contre 900 mètres dans l’autre sens. Ce chiffre, qui paraît abstrait sur une carte, s’est traduit par une fatigue énorme dès la deuxième journée. Mon endurance a été mise à rude épreuve, alors que j’avais sous-estimé l’impact que ces différences pouvaient avoir, surtout avec un vélo chargé.
Autre maladresse : j’ai ignoré les avis locaux et les retours d’expérience publiés sur plusieurs forums. J’ai pensé que la signalisation officielle suffirait à guider ma route, mais j’ai découvert que beaucoup déconseillaient le sens horaire aux cyclistes peu entraînées. J’ai fait confiance aux panneaux, sans creuser plus loin, et j’en ai payé le prix.
- Ne pas se fier uniquement aux panneaux officiels, car ils ne montrent pas toujours le profil d’altitude précis
- Ne pas négliger le poids du vélo chargé, surtout sur des montées longues et régulières
- Ne pas partir sans avoir étudié le profil des écluses, en particulier l’ascension des 16 écluses
- Ne pas sous-estimer la fatigue cumulative sur plusieurs jours, surtout en terrain vallonné
Les conséquences concrètes de cette erreur sur mon voyage
La fatigue est arrivée dès le deuxième jour, avec des douleurs musculaires inconnues. Mes jambes semblaient engourdies, et chaque coup de pédale demandait un effort inhabituel. Cette fatigue m’a transformée un plaisir en corvée, et mon moral est tombé. J’avais l’impression de stagner, alors que la montée continuait sans fin.
À cause de ce rythme ralenti, chaque étape a pris plus de temps que prévu. Ce qui devait être une boucle d’environ 240 kilomètres s’est étiré sur plusieurs jours avec des pauses forcées pour récupérer. J’ai perdu au moins trois heures sur la durée totale, ce qui a bouleversé mon programme. Ma progression a été au compte-gouttes, notamment entre Venarey-les-Laumes et Pouilly-en-Auxois, où les pentes sont les plus raides.
Cette surcharge d’effort a aussi plombé mon budget. J’ai dépensé environ 80 euros en ravitaillement, pour compenser la dépense énergétique plus grande. Mes arrêts forcés pour me reposer m’ont poussée à réserver des hébergements plus régulièrement, ce qui a fait grimper la facture d’environ 150 euros. Sans compter l’usure accélérée de certaines pièces de mon vélo, notamment les patins de frein, que j’ai fait réparer pour environ 40 euros.
Au bout de quelques jours, j’ai abandonné prématurément la boucle. La frustration m’a clouée : je n’avais pas réussi à boucler le parcours comme je l’avais imaginé. Cette décision, dure à prendre, m’a évité une fatigue pire et des blessures. Mais je suis restée avec ce goût amer d’avoir mal préparé ce voyage, et d’avoir ignoré les signaux qui auraient dû m’alerter.
Ce que j’aurais dû faire et ce que je sais maintenant
Si je devais repartir, je choisirais clairement de prendre la boucle dans le sens anti-horaire, en partant de Venarey-les-Laumes vers Avallon. Cette orientation offre une montée plus douce et un dénivelé cumulé plus raisonnable, autour de 900 mètres. J’ai appris que cette approche aide à mieux gérer son effort sur les longues pentes régulières, notamment sur l’ascension des écluses, moins abrupte dans ce sens.
Avant de partir, j’aurais dû consulter plus attentivement les cartes topographiques détaillées et lire les retours d’expérience des locaux sur les forums. Ces sources m’auraient montré que le sens horaire n’est pas recommandé aux cyclistes peu entraînées, et que la signalisation, utile, ne remplace pas une préparation sérieuse. Le Comité Régional du Tourisme de Bourgogne-Franche-Comté donne aussi des informations précises sur les profils d’altitude, que j’aurais dû exploiter.
Je sais maintenant que j’ai appris à préparer mon vélo et mon chargement avec soin. Alléger le poids autant que possible est devenu un réflexe, surtout pour affronter des montées longues et constantes. J’ai aussi appris à ajuster mon rythme, à répartir mes efforts au lieu de forcer dès le départ. Ce n’était pas simple, mais ça a évité la fatigue prématurée.
Enfin, j’ai appris à repérer les signaux d’alerte avant et pendant la randonnée : une montée constante et longue aux écluses, la fatigue qui arrive trop vite, ou des panneaux ambigus aux bifurcations, notamment autour de Venarey-les-Laumes. Ces détails m’ont forcée à écouter mon corps, et parfois à revoir mon itinéraire ou mon rythme avant que ça ne devienne un problème.
Le bilan que je tire de cette expérience
Cette aventure m’a surtout appris à reconnaître mes limites personnelles. J’ai compris que peu importe la beauté d’un parcours, je dois l’adapter à son niveau, à son équipement, et à son endurance. En 8 ans de travail rédactionnel pour Le Meix Chapeau, j’ai vu des lectrices revenir avec des questions sur la préparation de ce genre de randonnée, et je réalise que mon expérience rejoint beaucoup de leurs galères.
Ma Licence Professionnelle en Tourisme et Patrimoine (Dijon, 2015) m’a appris à prendre en compte tous les aspects d’un itinéraire, mais je n’avais pas assez intégré le dénivelé et le sens de la boucle. Ce décalage entre théorie et pratique m’a coûté cher, mais il m’a aussi donné une vraie leçon sur la lecture des parcours. En discutant avec des cyclistes et des habitantes, j’ai compris que le sens anti-horaire est adopté par celles qui veulent profiter sans finir cassées.
Mon réflexe maintenant c’est de ne jamais négliger le profil d’altitude, même quand la signalisation semble claire et que le parcours est bien balisé par les Voies Navigables de France. La carte ne ment pas, elle donne des indices que les panneaux ne montrent pas, comme la durée et la régularité des montées.
J’ai appris que ce n’est pas la boucle qui est difficile, c’est le sens dans lequel tu la prends qui te fait souffrir comme un chien. Cette phrase m’est restée en tête après avoir poussé mon vélo sur plusieurs centaines de mètres, le souffle court, le moral au plus bas. Ce n’est pas une histoire de kilomètres, c’est une question de gestion d’effort, de choix qui font mal.
Cette montée aux 16 écluses m’a retournée. Elle t’épuise sans répit, et si tu n’es pas prête, tu vas le payer cash, jour après jour. J’ai fini cassée, et ça m’a aidée à comprendre pourquoi certaines cyclistes préfèrent prendre la boucle à l’envers, même si ça semble moins « officiel ». Moi, je ne referai plus jamais cette erreur.


