Le matin où j’ai vu les toits de beaune depuis les hautes-Côtes, j’ai revu mes itinéraires

juin 19, 2026

Le vent froid me mordait les joues quand j’ai levé les yeux, au bord d’un rang humide. Au lever du jour, les toits de Beaune sortent d’un coup de la brume, et j’ai senti mon allure changer. Je suis partie du côté de Beaune pour deux heures dans les Hautes-Côtes de Beaune, sur une boucle de 23 km.

Ce que je pensais avant de partir ce matin-là

J’étais sûre de moi, presque trop. J’avais préparé mon sac la veille, avec une gourde en inox, une barre aux fruits et mes gants fins. J’habite du côté de Beaune, avec mon compagnon, sans enfants, et je cale mes sorties tôt, avant que la journée du magazine ne m’attrape. J’ai appris à caser les repérages entre deux articles et une pâte à tarte.

Je visais une boucle tranquille, entre 20 et 25 km, avec un relief que j’imaginais doux. J’avais noté 280 m de dénivelé, et je trouvais ça raisonnable sur le papier. Je voulais surtout rouler dans le calme, quand les vignes portent encore la fraîcheur et que les routes restent vides. J’avais aussi prévu de rentrer avant 11 h 30, pour garder un peu d’air dans la matinée.

J’avais regardé deux cartes GPS, un vieux billet de blog et le conseil d’une amie de Nolay. Mes années à sillonner ce territoire m’ont appris à lire ses lignes, mais pas à dompter ses bosses. Je pensais connaître le terrain. En réalité, je croyais un peu vite que la carte raconterait tout, y compris l’humidité du sol et les faux plats cachés.

La surprise du jour : quand la brume a laissé place aux toits de Beaune

La première montée m’a réveillée d’un coup. L’air était sec sur les hauteurs, mais la terre restait froide, et l’odeur de végétation humide montait encore entre les ceps. Mes pneus murmuraient sur l’asphalte, puis accrochaient un peu moins dans les virages. Le souffle montait alors que la pente semblait encore raisonnable, et je me suis vite vue respirer plus fort que prévu.

J’ai ralenti devant un virage serré, juste après une trouée entre deux rangs. Là, j’ai été frappée par la lumière. La ville n’était plus un point sur la carte, mais une présence vivante qui s’imposait au détour d’un rang de vigne. Les toits de Beaune passaient de tuiles froides à une teinte rosée, puis dorée, en quelques minutes.

Le brouillard de vallée masquait Beaune jusqu’au dernier moment. En contrebas, la masse blanche gardait tout fermé, puis la ligne des toits est apparue au-dessus des vignes. J’ai stoppé presque sans réfléchir, un pied au sol, le guidon légèrement de travers. Le silence m’a frappée aussi fort que la vue, avec juste le vent sur les parcelles et un oiseau isolé.

À cet instant, j’ai changé de regard sur la sortie. J’ai compris d’un seul coup la pente, le relief et la place exacte de la ville en contrebas. Le chemin n’était plus une simple boucle, mais une descente mentale dans le paysage. J’avais beau suivre mon compteur, c’était la brume qui me montrait le terrain.

Ce matin-là, la lumière a surtout souligné la pente et la profondeur du paysage.

Ce qui n’a pas marché comme prévu et ce que j’ai appris sur le terrain

Les petites bosses successives m’ont cassé les jambes plus vite que la côte annoncée. Sur les premiers kilomètres, chaque faux-plat me paraissait discret. Puis les reprises se sont enchaînées, et mes cuisses ont commencé à chauffer dès le 14e kilomètre. J’ai fini par me demander si je n’avais pas sous-estimé l’effet cumulé du relief.

La descente n’a pas été plus tendre. Les routes étaient étroites, avec une visibilité courte entre les parcelles. J’ai freiné trop fort dans un virage, parce que le sol brillait un peu trop sous la lumière grise. J’ai senti l’avant flotter légèrement, et cette sensation m’a vite rendue prudente.

J’ai aussi fait l’erreur de partir trop vite sur la première portion descendante. J’étais partie sur une allure confortable, puis la remontée suivante m’a cueillie sans prévenir. Au bout de 32 minutes, j’ai dû m’arrêter près d’un muret en pierre pour souffler. J’ai galéré, et je l’ai vraiment senti au moment où mes épaules se sont relâchées d’un coup.

Le plus bête, c’est que le GPS m’a aussi jouée un tour. J’ai suivi une trace trop directe, et je me suis retrouvée sur un tronçon non goudronné, mal entretenu, avec des graviers collés aux pneus. J’avais beau connaître la carte, c’est le terrain qui m’a appris à ralentir, pas l’écran de mon GPS. Et, oui, j’étais un peu vexée sur le moment.

Ce que je sais maintenant et comment j’ai adapté mes itinéraires

Depuis cette sortie, je pars plus tôt. J’aime la lumière du matin sur les crêtes, quand les parcelles sont encore fermées et que les toits n’ont pas fini de prendre leur couleur. Je réserve la descente vers Beaune pour la fin, quand les jambes sont déjà chaudes. Ça change tout dans ma façon de lire la sortie.

Je préfère aussi les petites routes viticoles aux traces GPS trop directes. Elles me donnent des repères plus nets, avec les villages, les rangs de ceps et les changements de direction qui reviennent vite. J’évite les tronçons non goudronnés dès que le matin a laissé de l’humidité. Le sol qui brille un peu trop m’a servi de signal, plus d’une fois.

Pour quelqu’un qui accepte le dénivelé et les micro-reliefs, ces itinéraires ont du caractère. Pour une sortie lisse, je les trouve moins tendres qu’ils n’en ont l’air. J’ai appris à regarder cette zone comme un vrai morceau de territoire, pas comme une simple carte à cocher.

Je sais aussi où s’arrête mon terrain. Pour les réglages de frein ou la pression exacte des pneus, je laisse la main à un vélociste. Moi, je raconte ce que je vois, ce que je sens, et ce qui m’a échappé au premier passage. C’est là que la sortie prend sa vraie forme.

Mon bilan personnel après cette matinée entre brume et toits dorés

Je suis rentrée avec la sensation d’avoir pris une leçon discrète. Pas une grande révélation, plutôt une correction de regard. Les petites bosses répétées rendent l’itinéraire plus exigeant que prévu. Et la progression devient plus fluide quand je privilégie les petites routes viticoles et que je tiens compte du dénivelé.

Je referais la sortie, mais pas de la même manière. Je partirais plus légère, avec moins d’élan et plus d’attention. Je ne suivrais plus un GPS au pied de la lettre sur ce coin-là. J’ai été convaincue que le terrain parle plus fort que le tracé, dès qu’une pente brille d’humidité.

Le lendemain, j’en ai parlé à une collègue du Meix Chapeau, en lui décrivant les tuiles rosées et l’odeur de terre froide. Elle a tout de suite compris pourquoi je m’étais tue au sommet. Depuis, quand je repasse par Beaune et la Route des Grands Crus, je regarde les Hautes-Côtes de Beaune autrement. Je suis devenue plus patiente avec les routes qui montent, et ça me va bien.

Il y a aussi un détail que j’avais complètement négligé ce matin-là : m’arrêter acheter quelque chose avant de repartir. J’étais passée devant une petite cave coopérative ouverte dès 9h, avec des bouteilles en devanture et une lumière jaune filtrée dans les volets. J’avais pressé le pas, la tête encore dans les côtes et le compteur. En rentrant du côté de Beaune, j’ai regretté ce geste raté. Un vieux-bourgogne à 8 euros, une carte postale achetée au passage, c’est le genre de souvenir concret qui donne envie de refaire la sortie. La prochaine fois, je prends dix minutes pour m’arrêter, et la sortie devient plus ronde.

Aurélia Jacquet

Aurélia Jacquet publie sur le magazine Le Meix Chapeau des contenus consacrés à la cuisine locale, aux recettes du quotidien et aux gestes essentiels en cuisine. Son approche privilégie la clarté, la progression et des repères concrets pour aider les lecteurs à cuisiner plus simplement.

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