Un dimanche à anost en forêt m’a fait revoir mon approche des balades en sous-Bois humide

mai 23, 2026

Balades en sous-bois humide, odeur de terre mouillée et mousse froide sous la semelle : j'ai senti mon pied décrocher à Anost. Depuis du côté de Beaune, je suis partie pour trois heures de marche dans le Morvan, puis ce dimanche-là, j'ai pris le sentier seule. En tant que Rédactrice culinaire freelance pour magazine Le Meix Chapeau, j'avais l'habitude des marchés et des recettes, pas de cette pente noire. La racine a claqué sous ma semelle, et j'ai eu juste le temps d'ouvrir les bras.

Je n'étais pas préparée comme il fallait ce jour-là

J'avais quitté Beaune avec une idée assez simple de la balade. En 8 ans de métier, mon travail de Rédactrice culinaire freelance pour magazine Le Meix Chapeau m'a appris à regarder les détails, mais ce matin-là j'étais surtout détendue. On vit à deux, mon compagnon et moi, et je pensais à une sortie tranquille, sans matériel particulier, juste pour marcher et respirer. J'étais sûre de moi, et c'est bien ce qui m'a jouée.

Ma Licence Professionnelle en Tourisme et Patrimoine (Dijon, 2015) m'a donné le réflexe de lire un lieu avant de le parcourir. Là, j'ai mal lu le terrain. Je portais des chaussures basses, avec une semelle trop lisse, et un pantalon en coton qui a pris l'humidité dès les premières herbes. J'ai cru que le sous-bois humide serait juste frais, presque agréable, alors qu'il préparait déjà ses pièges.

La matinée avait cette odeur précise que j'aime et que je redoute à la fois. Terre noire, bois pourri, champignon, feuilles en décomposition, tout montait d'un coup dès que j'ai quitté la lisière. Les feuilles mortes étaient gorgées d'eau, et la pente paraissait anodine sous les hêtres. Les repères du Comité Régional du Tourisme de Bourgogne-Franche-Comté m'avaient laissée croire à une marche simple. Sur place, la mousse brillait comme du savon humide.

Le moment où j'ai failli me vautrer sur une racine noire

Je marchais pourtant à bon rythme, les yeux bas, quand mon pied a décroché d'un coup. Une racine noire, couverte de mousse, se cachait sous un tapis de feuilles. J'ai senti ce petit dérobement net, puis la jambe qui partait avec. Ma main a fendu l'air, et j'ai rattrapé l'équilibre de justesse contre un tronc mince.

Le cœur m'a tapé dans les tempes, et j'ai eu ce vide très court dans le ventre. J'ai été frappée par la vitesse du geste, presque plus que par la peur. Une seconde plus tard, j'étais encore debout, mais mes épaules s'étaient déjà raidies. Je me suis sentie bête, franchement, parce que je savais que le terrain m'avait prévenue avec son silence mouillé.

C'est là que j'ai compris que la mousse sur les racines agit comme un savon discret. Le pied croit accrocher, puis il glisse sans prévenir. Mes chaussures basses n'aidaient pas, parce que l'humidité entrait par l'avant-pied. J'avais aussi une semelle trop lisse, et je l'ai senti tout de suite dans ma façon de poser le poids.

Le bruit m'a marquée autant que la glissade. Sous la semelle, les feuilles faisaient un « schploc » léger, comme si le sol rendait un souffle humide. J'ai regardé la racine noire une seconde à moitié enterrée sous les feuilles trempées. J'ai compris que je n'avais pas affaire à un simple sol mouillé, mais à un terrain gorgé d'eau.

Les heures qui ont suivi m'ont forcée à repenser ma façon de marcher

Après ça, j'ai ralenti sans discuter. J'ai posé le pied plus à plat, en cherchant d'abord l'appui, puis seulement l'élan. J'ai évité les plaques de mousse brillante et les bordures de fougères qui masquaient les trous. Mon regard descendait presque un mètre plus bas qu'à l'habitude, et ça m'a épuisée, mais ça a changé ma marche.

Au bout de vingt minutes, j'ai senti le bas de mon pantalon s'alourdir. Mes chaussures étaient déjà froides, et l'humidité remontait dans mes chaussettes par capillarité, sans flaque visible. Les branches basses me passaient sur les avant-bras, et les fougères trempées mouillaient mon visage à chaque passage resserré. Je n'étais pas trempée comme sous une pluie, mais j'avais cette sensation de tissu froid qui colle.

J'ai eu un deuxième doute sur un petit raidillon. Mon pied a glissé juste assez pour me faire serrer les dents, puis le relief a accroché à la dernière seconde. Là, je me suis demandé si j'étais mal équipée ou si je voulais vraiment refaire ce type de marche avec mon compagnon. J'ai fini par lâcher l'affaire sur la vitesse, et ça m'a sauvée.

J'ai aussi pensé à changer quelques choses dès le lendemain. Des guêtres à 30 euros me semblaient tout à coup très raisonnables. Je me suis dit qu'un pantalon déperlant et des chaussures montantes me feraient gagner du confort, sans enlever la fraîcheur du lieu. Parce que, malgré tout, l'air du sous-bois restait délicieux, presque froid sur la peau quand la pente s'ouvrait.

Ce que j'ai appris et ce que je ferais différemment maintenant

Je n'avais pas mesuré le rôle de l'adhérence sur feuilles mortes humides. J'avais aussi sous-estimé la façon dont la transpiration s'ajoute à l'eau venue de l'extérieur. En 2021, lors de ma formation continue en pédagogie culinaire, j'ai pris l'habitude de noter les gestes simples qui changent une sortie ; là, j'ai appliqué ce réflexe à la marche. Pour les tiques, je vérifie maintenant chevilles et ceinture dès le retour, et si j'en trouvais une fixée, je laisserais un médecin s'en charger.

Je referais cette balade, mais pas avec les mêmes chaussures. Je garderais des chaussettes qui sèchent vite, un pantalon déperlant et des guêtres, parce que le bas des jambes a payé la note le premier jour. Je ne referais pas l'erreur de partir en coton ni celle de croire qu'une semelle lisse pardonne la mousse. Le terrain n'a rien cassé chez moi, mais il m'a rappelé son prix au bout de quelques mètres.

Cette marche reste intéressante si l'on aime observer un sous-bois de près et accepter de ralentir. Elle demande surtout de regarder où l'on pose le pied, car la mousse et les feuilles humides changent vite l'appui. Je ne la conseillerais pas à quelqu'un qui veut avancer vite sans vérifier ses chaussures ni son terrain.

En rentrant à Beaune, j'avais encore l'odeur de terre noire sur les manches. Je suis rentrée plus prudente, et je suis devenue plus attentive à ces sols qui paraissent mous et innocents. Anost, dans le Parc naturel régional du Morvan, m'a appris qu'une balade peut rester douce tout en demandant du respect. Pour moi, ce dimanche-là, la fraîcheur a gagné, mais pas sans me rappeler deux ou trois fois que la mousse ne pardonne rien.

Aurélia Jacquet

Aurélia Jacquet publie sur le magazine Le Meix Chapeau des contenus consacrés à la cuisine locale, aux recettes du quotidien et aux gestes essentiels en cuisine. Son approche privilégie la clarté, la progression et des repères concrets pour aider les lecteurs à cuisiner plus simplement.

BIOGRAPHIE